11 Mars 2010

Les 7 voies d’innovation du “WEB” de 2010 à 2020 by Luc-Olivier Lafeuille is licensed under a Creative Commons Attribution-Noncommercial-No Derivative Works 2.0 France License. Reproduction intégrale autorisée avec mention de la source.
Quelles sont les perspectives qui se dessinent pour les 10 prochaines années ? Quelles perspectives, mais surtout, quels passages obligés pour l’internet ?
Comment la société en général peut-elle évoluer dans ce modèle numérique ? Les réseaux sociaux sont-ils une mode passagère ? Comment pourrons-nous combler la fracture numérique ?
C- De la FRACTURE naquit le BESOIN - vers une société 3.0
Société 1.0 - pré-2000
Les pionniers de l’internet transposent le savoir classique au format numérique ou constituent de nouveaux supports de savoir, lui-même en cours d’élaboration. À quelques rares exceptions, les contributeurs restent les mêmes qu’avant.
Quelques entreprises y font leur apparition dans un modèle que l’on désigne par “site vitrine”, autre formalisation de la plaquette traditionnelle.
Il s’agit donc d’un SAVOIR STATIQUE mais d’un accès plus ludique qu’un document papier, grâce aux liens hypertexte.

Société 1.5 - 2000-2005
À l’horizon 2000, arrivent en force les systèmes participatifs.
Forts d’une expérience de 10 ans, voire plus, les grands BBS (Bulletin Board System), comme Compuserve, Calvacom ou Marianne, se portent sur le web, offrant un accès à leurs forums via un navigateur web. Ce sont les premières apparitions des SYSTÈMES DYNAMIQUES. Mais ce ne sont que des compléments du site web, qui ne permettent pas de contribuer directement à son contenu toujours statique.
Rapidement, l’ingrédient dynamique est intégré au site web, d’abord pour faciliter la création des contenus statiques puis pour permettre la CONTRIBUTION des lecteurs sous la forme de commentaires. Les Blogs font leurs apparitions.
Cette possibilité de participation permet d’AMPLIFIER le SAVOIR par la valorisation de ce qui est publié, valorisation constituée de réactions de lecteurs.
Avec la dimension dynamique, la collection du SAVOIR devient moins statique, plus informationnelle ou plus épisodique. La contribution complète le savoir, tant par valorisation que par enrichissement, puisqu’il devient possible à presque tout le monde de constituer des éléments de SAVOIR.

La vérité prend alors une autre dimension, celle d’ailleurs qu’elle n’aurait jamais dû quitter, une dimension multiple, composée de la pluralité des regards, des expériences, des consciences ... Elle prend aussi une dimension temporelle en intégrant la spontanéité puisque la contribution peut faire apparaître des savoirs temporaires, voire totalement éphémères.

Les moteurs de recherche, devenus enfin pertinents, constituent l’outil d’accessibilité du public aux contenus. Grâce à eux, le nouveau venu peut découvrir ce nouveau monde au gré de ses besoins, envies, recherches, scolaires, sociales, culturelles, artistiques ou ludiques. Ce sont les moteurs de recherche qui instrumentalisent également la visibilité des contenus par un jeu de règles et d’automatisations peu transparent. Les premiers risques de déviance sont imaginés.

En complément, le SAVOIR s’auto-alimente par la construction de PARCOURS d’ACCÈS VARIÉS, sous la forme de diffusion de liens à travers le volume statique et dynamique. Le savoir et la contribution deviennent doublement dynamiques d’un côté dans leur collection / constitution, de l’autre par les parcours / cheminements qui s’y insèrent, le tout réalisé par qui veut.

On voit apparaître les premiers SAVOIRS en mouvement, tels que l’encyclopédie Wikipédia, dont la constitution du contenu est accessible à tous ; libre à chacun d’avoir assez d’influence et de pugnacité pour faire prendre en considération sa définition, ses précisions, ses conclusions.

Le SAVOIR semble prendre 2 formes : STATIQUE et DYNAMIQUE. En réalité — et on verra plus loin pourquoi — il prend une 3ème forme : SEMI-STATIQUE

Tout le monde s’y engouffre. Institution, Fondation, Politique, Enseignement, Associatif, Commercial. Certains se contentent de STATIQUE, d’autres vont jusqu’au bout du processus DYNAMIQUE. La pensée se révolutionne. Avec elle la gouvernance.
On peut de moins en moins cacher quelque chose bien longtemps. Cette visibilité est déjà perçue par certains comme un atout, par d’autres comme un danger. Quelques marques ouvrent des blogs. Les premières tentatives de régulation de l’internet font jour.
Plutôt que de parler de société numérique, il faut désormais parler de SOCIÉTÉ DU SAVOIR, un savoir collectif, malheureusement pas encore accessible à tous car tout le monde n’est pas rédacteur, tous ne souhaitent pas faire des commentaires sur les blogs, et tous n’ont pas nécessairement un ordinateur et une liaison internet.

Société 2.0 - 2005-2009
Avec le raccordement grandissant des populations, les réseaux sociaux commencent à faire leur apparition. S’engouffrant dans le trou contributif encore trop réservé aux sachants, contributeurs, passionnés, pros ou geeks variés, ils se développent exponentiellement, mais totalement en marge de la société du SAVOIR.
Si en 2000, on comptait moins d’1 foyer équipé sur 20 / 25, en 2005 c’est de l’ordre de 1/10 pour atteindre 1/5 en 2007, 1/3 en 2009.
La venue soudaine d’une forte population sur internet attirent tous ceux qui y voient l’opportunité de faire savoir, faire connaître, populariser des idées nouvelles ... C’est aussi l’ère de la publicité.
La blogosphère devient la source d’information numéro 1, par la multiplication des relais numériques à travers les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux se nourrissent du monde (société) 1.5. Ils ne constituent que très peu de SAVOIR STATIQUE, un peu de SAVOIR SEMI-STATIQUE, mais une potentiel pharaonique de SAVOIR DYNAMIQUE, et ce dans un immense brouhaha collectif des milliers de fois supérieur en volume à la contribution dans la blogosphère.

Malheureusement ce savoir dynamique est totalement déconnecté de sa source génératrice. Les commentaires et contributions sont toujours aussi rares dans cet univers 1.5. On aime discuter avec ses “amis” en chat, en commentant les “commentaires” sur le mur du copain, on aime micro-bloguer, mais pas assez pour apporter sa part à la stabilisation du savoir collectif.

On a donc bien à faire à une LIGNE DE FRACTURE.
Des tentatives d’interpénétration des deux mondes apparaissent. Export automatique des billets d’un blog vers sa page sociale ou de sa conversation sociale vers son blog. Mais ce ne sont que des fenêtres microscopiques qui ouvrent le regard vers l’autre monde.
Les moteurs de recherche commencent à émettre l’idée (le besoin) d’aller fouiller les réseaux sociaux tandis que les réseaux sociaux se verraient bien, dit-on, remplacer les premiers.

Les plateformes mobiles, les ordinateurs portables, sont devenus la base de l’équipement. Les “téléphones intelligents” — qui sont d’ailleurs des ordinateurs sous l’apparence de téléphones — font leurs percées dès le moment où ils se mettent à offrir des moyens de connexions à l’internet, ce qui permet à leur possesseur : de naviguer sur le web, d’être connecté à leurs réseaux sociaux, de disposer des services d’applications à contenu collectif et interactif... Les smartphones deviennent les ordinateurs les plus prisés, ils deviennent la fenêtre ultra-portable vers l’univers virtuel, numérique, dans lequel tout n’est pas interconnecté mais en donne au moins l’illusion.

Deux nouvelles dimensions s’ajoutent alors à cette fenêtre et, avec elle, à terme, aux COMPOSANTES du SAVOIR.
La première, la GÉOLOCATIONS, propose de rapprocher l’humain, en fonction de sa proximité physique à la source du savoir. Le SAVOIR, après avoir été GLOBAL, (re-)devient LOCAL, voir HYPERLOCAL — nouveau terme pour désigner ce qui est d’immédiate proximité. La VÉRITÉ se voit alors complétée d’un AXE de plus. Après être devenue MULTIPLE puis avoir intégrée une dimension de TEMPS, elle admet désormais une dimension d’ESPACE. Le contributeur pourrait apporter une contribution liée à sa position dans l’espace géographique, ce qui ouvre à bien des spéculations possibles.

La seconde, balbutiante encore aujourd’hui, se propose d’ajouter du virtuel au réel que nous regardons, voire plus si affinités. L’AUGMENTATION DE RÉALITÉ offre des perspectives qui, dans un premier temps, vont permettre de créer des ponts entre les savoirs, un peu comme les liens hypertexte, mais cette fois-ci dans l’espace visuel. Dans un second temps, il est probable que cette Augmentation de Réalité transforme la manière de CONCEVOIR LE MOINDE, les choses, les gens, les perçus, les connaissances, tant il est possible que le mélange virtuel / réel ne devienne qu’une simple réalité quotidienne.

La société du SAVOIR s'étend donc partout, en tout lieu, en toute circonstance. Celle du DYNAMISME aussi, mais la ligne de fracture reste là. On peut apporter au savoir statique ou semi-statique. On peut participer au brouhaha social. Mais les 2 mondes sont distincts.
L’information est véhiculée par les réseaux sociaux, la constitution / collection du capital SAVOIR est exercé par et dans le monde 1.5.



Fin de la deuxième partie
Les autres parties
A- Le poids de l'histoire
B- Le SAVOIR en tant que SOCLE PROSPECTIF
- Les Technologies "Fluviales"
- Les Technologies Sémantiques Comportementales
- “Fleuves” et Sémantique Comportementale
- Conclusion
- De la conscience des composantes surgit la connaissance







