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AVATAR
source : www.imdb.com


Depuis des siècles, l’homme tente de transformer l’adage qui dit que « l’homme s’adapte à son milieu » en celui qui dit que « l’homme transforme son milieu ».


Dans le film “Avatar” de James Cameron, Pandora n’est pas une terre de liberté. Pandora et son peuple dépendent profondément de leurs symbiotes, ces éléments qui contribuent à leur existence dans toute la splendeur de la chaîne de la vie.

Chaque constituant de cet équilibre est tellement fondamental qu’il semble que le devenir des peuples de Pandora pourraient être à jamais perdu si, par malheur, l’un d’eux venait à disparaître. Les brins de connexion, l’arbre-maison et l’arbre des voix sont des temples-passerelles entre le présent individuel et tous les restes : passés, futurs, aux-delà, mémoires, groupes, éthiques, consciences collectives, énergies, raisons, espérances ...

À l’opposé, les Terriens semblent dépendre de pas grand chose si ce n’est de technologies et de l’argent.

De là à faire un parallèle avec une néo-tendance marketing, celle du courant Green et du Développement Durable, c’était tentant. Cette tendance pourrait bien être à l’origine de la construction de nouveaux temples, ici même, dont les principes de base se tissent jour après jour : celui du principe de précaution, de la conservation des milieux, de la protection des équilibres, de la préservation des énergies ...

Et puis, cette interconnexion symbiotique entre les Na’vi ne rappelle-t-elle pas le courant de socialisation de l’internet ? Ne rappelle-t-elle pas cette tendance à raccorder de plus en plus chacun à l’autre, dans ses actions, ses pensées, sa vie ?

En d’autres temps, le monde technico-scientifique construisit lui aussi ses temples. Ce furent ceux du modernisme sans prix, de la technologie sans conséquence, du progrès sans compter ... On découvrit aussi nombre de leurs dérives, principalement celle de s’être posé en vérité définitive et absolue. Ces anciens temples firent tomber tous les dieux et dans leur chute ils engloutirent même des savoirs utiles. La médecine de tous les jours par les plantes pratiquée depuis si longtemps, la rationalité architecturale qui visait à l’exploitation des énergies naturelles - et bien d’autres - reviennent maintenant petit à petit vers la surface de nos savoirs, parfois comme des redécouvertes, parfois même comme des innovations qui ne sont nouvelles que de nom.

On pourrait être en droit de se demander ce que peut indiquer sociologiquement la confrontation de l’image hyper-négative du Terrien mercantile à celle du Na’vi hyper-positive. Tout ce que peut revêtir l’idéologie capitaliste - et anti-capitaliste à la fois - s’oppose à tout ce que revêt l’idéologie collectiviste - et communiste soviétique mélangée.

Pandora est un éden mais tellement éloigné de ce que l’on aime dans nos sociétés modernes, une liberté régulée sans trop de dépendance au milieu.
Les Terriens, eux, sont des monstres sans âme, organisés en guildes commerciales disposant de droits de régie et d’exploitation sans borne pour répondre aux besoins du marché terrestre de l’énergie.

Dans ce paysage d’exagération qui nous est dressé, on se surprend à prendre le parti de Pandora, mais avec une certaine gêne malgré tout. On ne peut QUE choisir Pandora parce que les autres sont vraiment des salauds, mais on le fait en dépit de ce qui nous fait rêver aujourd’hui : nos gadgets, nos technos, nos jeux vidéos, notre internet, notre réalité augmentée et tout ce qui se trame dans les cartons de nos inventeurs.

Ne devrait-on pas tirer une conclusion qui s’impose, nous qui, par nos métiers, faisons d’une certaine manière le jeu de l’esprit mercantile ? Lorsque nous empruntons le courant Green et du Développement Durable, que nous le faisons emprunter aux firmes que nous guidons, le plus souvent par réaction plutôt que par action, ne risquons-nous pas de faire aussi le jeu de l’effet de billard qui envoie la balle qui a heurté une bande se précipiter pour se heurter à la bande d’en face ?

Le Green parce que c’est tendance, le DD parce qu’il faut en faire sinon on est cuit, mélangés à la capacité sans cesse croissante du public de voir et d’entendre davantage ce que d’autres font, pourraient bien entraîner l’humain dans l’adoption de temples plus intégristes que jamais.

Déjà le bilan écologique fait place au seul “déclaré écologique”. Le principe de précaution commence à nous orienter vers une dé-croissance volontaire. Combien de temps nous reste-t-il avant qu’il ne soit plus possible de fabriquer des écrans, de l’électronique, des véhicules, des usines, de l’électricité, ... ?

Dans un autre domaine, les grands acteurs de l’internet se voient, de mois en mois, réduire leurs capacités à conserver de l’information sur nos surfs, au risque d’être, à terme, dans l’incapacité d’offrir une expérience utilisateur adaptée.

Il n’est plus un jour où les barrages du droit à l’image, du droit de ne pas recevoir de mails, du droit de s’être-inscrit-librement-sur-un-réseau-social-mais-de-réclamer-aussi-sec-que-disparaissent-ses-traces ne soit réclamé, ici ou là ...

Quel dieu nous a piqué ? Était-ce un message que James Cameron tente de nous faire passer ? Devons-nous nous résigner à retomber dans une symbiose naturalo-romantique ou saurons-nous inventer une voie intermédiaire ?

Qu’en pensez-vous ?


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