18 Mars 2010

Quelles sont les perspectives qui se dessinent pour les 10 prochaines années ? Quelles perspectives, mais surtout, quels passages obligés pour l’internet ?
Comment la société en général peut-elle évoluer dans ce modèle numérique ? Les réseaux sociaux sont-ils une mode passagère ? Comment pourrons-nous combler la fracture numérique ?
D- La NÉCESSITÉ aura raison de la FRACTURE - 3.0, la maîtrise du Chaos
La 2ème décennie du XXIème siècle va constituer un tournant majeur dans l’histoire de notre civilisation. Il est très fortement probable que d’ici 50 à 100 ans, ce qui va se passer dans les prochaines années sera vu comme le passage de l’ère primitive à l’ère stellaire.
Que viendraient faire les étoiles dans la résolution de la fracture entre réseaux sociaux et monde 1.5 ?
Notre capacité d'expansion extra-terrestre n’est pas rendue impossible par de simples problèmes mécaniques ou financiers, ni même par l’absence d’ordinateurs assez puissants. Elle est directement liée au CLOISONNEMENT de la PENSÉE du fait de l’absence de MAÎTRISE du CHAOS.

80% de la valeur des informations / connaissances d’une entreprise sont des informations “informalisées”, pour le moment totalement inexploitables. Ce chiffre est-il exact ? Non bien sûr, c’est une estimation à la louche, imaginée par celui qui voit et mesure l’univers possible, prisonnier qu’il est de son petit grain de sable, la-bas, quelque part dans un tout petit coin de l’immensité, la terre.

Et si, bien au contraire, la capacité de traduire ce chaos contributif, de l’explorer, de l’exploiter, de l’utiliser, d’y trouver des solutions, des trames de nouveaux savoirs, permettait d’accéder à une PUISSANCE COLLECTIVE EXTRAORDINAIRE. Une société dans laquelle les esprits sont fusionnés pour travailler tel un réseau de neurones aux futurs grands et petits sujets de nos sociétés. Et si justement les technos dont nous ne disposons pas pour aller se balader sur Betelgeuse ne pouvaient naître autrement que par et à travers la mise en “réseau” de l’humain dans toute sa dimension !

La maîtrise du chaos passe par la survenue et l’exploitation de deux technologies en synergie. Il en va de même pour la SUPPRESSION de la FRACTURE.
D’un côté des TECHNOLOGIES dites “FLUVIALES” qui permettront de COLLECTIVISER et faire CIRCULER le brouhaha, plutôt que de le garder chez soi, rien que pour soi.
De l’autre côté des TECHNOLOGIES de SÉMANTIQUES COMPORTEMENTALES qui autoriseront : l’INTERPRÉTATION du brouhaha, sa TRANSPOSITION en SAVOIR et la SOUMISSION au brouhaha de besoins d'EXTENSION du SAVOIR.

Les Technologies “Fluviales”
C’est la PIERRE ANGULAIRE de la réduction de la fracture. Sans elles, les réseaux sociaux resteront de leur côté et la “vieille” société du savoir de l’autre.
L’hypothèse qui consisterait à intégrer la dimension SAVOIR STATIQUE et SEMI-STATIQUE aux seins des RÉSEAUX SOCIAUX, même si elle est tentée, n’aboutira pas pour de simples raisons.
Tout d’abord, l’internet est né de la LIBERTÉ et de la PLURALITÉ. Toutes captations monopolistiques se voient de plus en plus rapidement écartées et traduites en justice. Google qui souhaitait numériser les livres du monde voit sa côte dégringoler, tant son projet fait peur ; et pas seulement les ayants-droits des auteurs de contenus.

Pour le moment, les réseaux sociaux ne sont pas encore inquiétés. Mais déjà se pose la question du fait qu’ils constitueraient un nouvel espace juridictionnel ; en d’autres termes, la vie “sociale” d’un individu pourra être retenue contre lui.

Combien de temps, encore, les contenus qu’ils détiennent resteront, comme le prétend Facebook par exemple, des propriétés exclusives, c’est-à-dire celle de sociétés privées ? Le problème est déjà posé.
Ensuite, cette hypothèse est improbable car elle supposerait que les acteurs du SAVOIR STATIQUE et SEMI-STATIQUE se prêtent au jeu de se mettre à la merci du ou des réseaux de destination. Même en changeant leurs règles d’arbitrage, qui pourrait choisir de passer de la liberté de publier ce qu’il veut, à la liberté de le faire jusqu’à ce qu’un donneur d’ordres hors d’atteinte (ou un robot informatique) en décide autrement ?
Mais que sont ces technologies “fluviales” ?
Le terme “fluvial” est emprunté de la métaphore des roseaux dans le marais. Les réseaux sont les constituteurs / collecteurs de savoir, le marais, les multiples réseaux d’eau qui circulent entre leurs tiges.

Le problème de l’espace contributif repose majoritairement sur son INCAPACITÉ à MUTUALISER le flux de participation. Ainsi les commentaires apportés à un blog restent strictement attachés à l’article du blog dans lequel ils sont postés — même si les moteurs de recherches les références.
Pourtant, un commentaire en réaction à un article est aussi une réaction au SUJET de l’article. Combien d’articles traitent-ils d’un sujet comparable, voire identique ? En réalité beaucoup. Le commentaire a donc toute vocation à venir valoriser, enrichir les autres articles qui traitent de ce même sujet.

Alors que le savoir / information qui se constitue, circule de publicateur en publicateur, chacun reprenant un peu des autres — personne ou presque ne trouvant rien à dire à ce jeu d’enrichissement — les commentaires, eux, sont vissés à un des éléments de la chaîne.
La mise en partage de la contribution collective, au même titre que le savoir / information multi-participatif, va constituer la prochaine BASE de DÉVELOPPEMENT de la société du savoir car elle va permettre dans une premier temps, le DÉSENCLAVEMENT des sources peu populaires et, dans un second temps, la MULTIPLICATION des initiatives de constitutions du savoir.

Ainsi, un site ne recevant que quelques visiteurs par jour pourra conserver un lectorat par le simple fait d’y trouver une source de savoir / réactions, même si ses lecteurs savent pertinemment que les réactions ne viennent pas forcément du site lui-même.
Ainsi, un site gardera son lectorat parce que son style visuel ou rédactionnel, les sujets abordés ... conviennent aux lecteurs et non plus parce que le site est populaire et que l’on peut y trouver des réactions à ce qui est publié. Et probablement que le système contribuera à amplifier le phénomène participatif, le lecteur s’engageant plus facilement dans la contribution, puisque omni-présente — les réseaux sociaux tiennent en grande partie leur succès à cette participation généralisée ET facilitée.

Non seulement cette nouvelle dimension va produire une multiplication des sources de constitutions / collections des savoirs / informations mais la circulation des contributions / commentaires va rapidement surpasser en volume le premier par des enrichissements, des valorisations et, à terme dès qu’on commencera à maîtriser le chaos, des savoirs en eux-mêmes.

Les Technologies Sémantiques Comportementales
La SÉMANTIQUE COMPORTEMENTALE constitue la roue du moulin qui, entre autre, va exploiter le courant des fleuves.

Dessin de Clémentine (9 ans) qui trouvait que ma roue ne ressemblait à rien :-(
Qu’est-ce que la Sémantique ? La sémantique est la science des SIGNES ou des MARQUES. Pour faire simple, les mots et les phrases comportent et composent des marques qui permettent d’INTERPRÉTER la pensée contenue dans un texte (qu’il soit écrit ou prononcé) ou de TRADUIRE la PENSÉE à l’écrit ou à l’orale.

Plus avant dans cette science, se trouve le rapprochement de ces signes, marques ou interprétations de pensée à des domaines de connaissance, domaines que l’on nomme Ontologies.
Encore un peu plus loin, on trouve l’étude ou la recherche de l’établissement des inter-connexions ou inter-relations entre les domaines de connaissances.
D’autre part, la sémantique non seulement étudie la constitution de l’expression de la pensée mais aussi le cheminement analytique qu’il faut réaliser pour INTERPRÉTER ou TRADUIRE cette pensée déjà exprimée.

À quoi cela peut-il servir ?
Les applications les plus simples commencent par l’établissement de la signification d’un texte que tout humain opère naturellement (*) lorsqu’il lit. Mais c’est aussi la capacité, plus scrutatrice, de traduire au plus près la pensée d’une phrase dans une autre langue.
(*) Euh, “naturellement”, c’est-à-dire en fonction de ses apprentissages, sa culture, ses expériences, son niveau de compréhension, aussi bien des mots que des concepts !
La sémantique a prêté son nom au Web, de manière un peu usurpée, avec le Web Sémantique qui n’est autre que l’ajout de compléments d’information à un texte (ou une vidéo) qui permet de le classifier ou de l’appairer à d’autres textes - le texte constituant une recherche, par exemple. Ces compléments d’informations s’appellent des MÉTA-DONNÉES, comme les mots-clés associés à un texte ou une vidéo.

Nos connaissances de la sémantique devenant plus fines, notre capacité à la traduire en programmes informatiques (algorithmes) a ouvert de nouvelles perspectives.
Non seulement il est devenu possible sans trop se tromper d’associer un texte à un ou plusieurs domaines de connaissance, mais il est aussi devenu possible, de DÉTECTER l'INTENTION de la pensée contenue dans une phrase. Ainsi, on peut savoir qu’il s’agit d’une question et connaitre l’objet de la requête. Ainsi on peut savoir qu’il s’agit d’une affirmation et ce qu’elle couvre.

Google se sert déjà, un peu, de ce mécanisme pour orienter l’internaute vers des pages correspondant au plus juste à la requête de recherche, selon que la requête est formulée sous forme de mots clés ou d’une phrase en langage naturel.
Cette capacité d’interprétation ouvre la porte à une évolution majeure de la Sémantique, celle de la SÉMANTIQUE COMPORTEMENTALE. Et de là à dire que dans très peu de temps les programmes seront en mesure de détecter nos arrières pensées, il n’y a qu’un pas.
Au delà de la seule interprétation d’un texte et de l’intention exposée dans le texte, d’autres axes sont en train ou vont voir le jour.

L’historique des connaissances de quelqu’un, de ses centres d’intérêts, ses pratiques ..., vont apporter d’autres indicateurs d’interprétation de sa pensée.
La numérisation de l’humain grâce à l’addition, par exemple, de sa GÉOLOCALISATION apporte une source complémentaire de compréhension du contexte dans lequel est formulée la requête.
Dans la constitution du savoir, on pourra, par exemple, donner un poids différent à un commentaire “visiblement” fait sur le lieu du sujet.

Certes, la société va devoir évoluer pour ne pas voir ces technologies comme le fait que nous sommes potentiellement “SURVEILLÉS” mais plutôt comme un apport de SIMPLIFICATION, de RENFORCEMENT, de SUBLIMATION de nos pensées. Sans doute que la notion de privé changera-t-elle, comme d’ailleurs elle a déjà changé dans les décennies passées et comme elle est en train de changer avec l'avènement des réseaux sociaux.
Ce glissement progressif pourrait facilement voir le jour grâce à des expériences assez simples (mais complexe à réaliser) où la recherche d’un savoir / information sera très spontanément identifié comme appartenant à la sphère HYPERLOCALE, LOCALE ou au contraire GLOBALE.
Le grand public s’est emparé des smartphones parce qu’ils correspondaient à leur besoin d’être connecté au savoir / information. Mais toutes les populations ne sont pas encore touchées.
Qu’en sera-t-il lorsque ces petites bêtes nous trouveront le restaurant à proximité, où l’on souhaite manger ceci ou cela et où se trouvent des gens avec qui “potentiellement” on peut faire ami-ami ? Et bien sûr, tout cela sans avoir besoin de lancer 4 applications pour y parvenir, de faire 5 copier-coller de l’une à l’autre, et de finir devant un restaurant fermé ce jour là, dans un quartier lugubre sans âme qui vive.

En complément, la Sémantique Comportementale va permettre d’INTERPELLER les internautes, mobinautes, connectés-nautes pour apporter des contributions et ce de manière CONTEXTUELLE et en rapport à leurs centres d’intérêt. L’appel à participation pour donner son avis sur le restaurant où nous étions ou sur la personne que nous avons rencontrée, ... permettra de constituer un savoir / information INTERACTIF et PROACTIF, de plus en plus réactif, précis, et donc enrichi de valeurs et de certitudes.

Faut-il préciser que les interfaces devront évoluer dramatiquement vers la capacité de dicter ses commentaires et contributions directement à nos engins, sans avoir besoin de manipuler un clavier, tout virtuel soit-il ?



Fin de la troisième partie
Les autres parties
A- Le poids de l'histoire
B- Le SAVOIR en tant que SOCLE PROSPECTIF
- Société 1.0 - pré-2000
- Société 1.5 - 2000-2005
- Société 2.0 - 2005-200
- “Fleuves” et Sémantique Comportementale
- Conclusion
- De la conscience des composantes surgit la connaissance









