22 Septembre 2010

© Guillaume Duris - Fotolia.com
Pour ceux qui l’ignorent, un Community Manager est un Animateur de Réseaux de Relations. Comme (pour certains) l’internet a un peu envahi notre vie, ce métier est devenu celui d’un Animateur de Relations à travers les Réseaux Sociaux !
Hier, je me suis réveillé en sueur, et, poussant à pleins poumons un “NON” d’horreur, je me retrouvais perdu au milieu du salon. Réveillé en sursaut, la maisonnée s’était précipitée à mon secours. La petite pleurait. Les grandes se marraient. Ma femme s’interrogeait.
Je reprenais doucement mes esprits, toujours hanté par la vision apocalyptique qui m’avait transpercée dans mon sommeil.
« Tu as fait un cauchemar », s’aventura l'aînée et, l’air amusé, ajouta : « C’était quoi ? ».
Les yeux dans les pieds, je n’osais pas répondre. « Non, ce n’est pas possible ! », pensais-je.
« C’est rien. Je vous en parlerai demain matin. Allez vous recoucher. Excusez-moi », leur lançais-je, pour éviter d’autres questions.
Je retournais me coucher mais le sommeil ne vint pas. J’essayais d’analyser ce cauchemar et de comprendre ce qui avait bien pu déclencher une telle réaction, si effroyable.
Était-ce les articles que je parcourais chaque semaine parmi les blogs auxquels je suis abonné ?
Était-ce cet article, hier, qui racontait que le métier de Community Manager, autrefois rare, étaient maintenant revendiqué par des tas de gens qui, avec quelques mois d’expérience, un blog et un iPhone, se gratifiaient du titre ronflant et commençaient à peupler les forums, les sites participatifs et autres sites de collaboration à la recherche d’un emploi ?
Était-ce cet autre, qui exposait que tout avait changé sur les réseaux sociaux, que la confiance n’était plus acquise si facilement qu’avant et qu’il fallait désormais tisser des relations humaines engagées ?
Non, non … peut-être … mais non ... Les titres, les mots, les phrases tournaient dans ma tête, mais je ne voyais pas de rapport avec ce cauchemar ... à moins que ...
Soudain, une idée me vint … et j’en eus froid dans le dos !
Depuis quelques mois, j’expérimentais le “Community Management” pour un produit que nous lancions et, pas plus tard qu’hier après-midi, alors que je faisais le point sur mes “connexions” (des contacts, en jargon de community manager), l’idée m’effleura que, peut-être, certaines de ces “connexions” étaient aussi des “Community Managers” !?!?
Quel impact pourraient avoir mes messages auprès de ces gens qui n’étaient que des intermédiaires des entreprises auxquelles je pensais m’adresser ? Et combien, parmi eux, n’étaient que des sociétés de services, encore plus éloignées de ces entreprises et, surtout, inscrites dans une mission d’animation de la relation de leur client avec la communauté du client ?
Je me souviens avoir inversé la situation pour essayer d’imaginer ce qu’avait bien pu “donner” les messages que j’avais reçus en tant que la marque que je promouvais. J’essayais de me souvenir de tous ces messages, ces invitations, ces évènements, ces propositions d’aimer des pages... À quel point m’avaient-ils sensibilisé ... sensibilisé au point de relayer à ceux qui “opèrent” l’action commerciale de la marque ?
Voilà, c’était ça qui avait déclenché ce cauchemar horrible. Ce cauchemar dans lequel les réseaux sociaux étaient devenus des réseaux de Community Managers, des réseaux désormais impossibles, car, derrière chaque connexion, il n’y avait plus qu’eux, des pros, des agences, des pas-agences-mais-tout-comme, des auto-entrepreneurs, bref des gens qui gagnent leur vie en remplissant des pages de « j’aime » ou des comptes d’amis ou d’abonnés, dont on ne sait même pas s’ils ont un rapport quelconque avec ce que l’on promeut.
Il était 7 heures, l’heure de me lever. Je partis dans la cuisine me faire un café et m’installer dans le canapé du salon avec mon portable. J’ouvris mon lecteur RSS mais je ne parvins pas à me concentrer sur les titres qui défilaient. Je compris que plus rien ne serait comme avant.
À 9 heures, la tête vide, je me surpris à annoncer : « À partir de maintenant, sortons les listes de numéros de téléphone de la cible du produit et appelons-les ».


















