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Synthèse d'experts : Experts-comptables en réseaux sociaux

Saviez-vous que les experts-comptables, ces gens qui hantent nos entreprises en nous ressassant qu’ils sont indispensables en matière de conseils en gestion, ont eux aussi des avis éclairés sur les réseaux sociaux.

« Dirigeant d'entreprise, l'expert-comptable est votre conseiller permanent. Il vous apporte des réponses ponctuelles et adaptées aux différents événements de la vie de votre entreprise » annonce, sans la moindre retenue, le site de la Chambre (ici)

 

Campagne d'affichage de l'ordre des experts-compables en 2008 : Entreprendre, c’est aimer l’audace

 

La campagne d’affichage 2008 en disait long, d’ailleurs, sur le discours quelque peu prétentieux qui semble accompagné cette profession au moins depuis que je les fréquente, c’est-à-dire depuis 1985. AUDACE, PERFORMANCE, DIFFÉRENCE, EFFICACITÉ, RIGUEUR, CRÉATIVITÉ, nous bombarde la présentation de la campagne 2008. (ici) « Entreprendre, c’est aimer l’audace » nous assène l’affiche (ici).

Voilà que ces gens ont aussi suivi des formations en Marketing. Faut peut-être arrêter le délire et l’édulcoration lénifiante en tant que stratégie universelle de communication.

À quoi sert un expert-comptable ? C’est très simple : à limiter la fiscalisation. Point barre ! Cela dit, c’est déjà beaucoup et c’est très utile.

Mais quel rapport avec la gestion ? Gérer, c’est gouverner, administrer, diriger. Pour le faire, il faut contrôler. Mais que faut-il contrôler, des comptes ? Non ! L’argent est la résultante de l’action. Les indicateurs de performances de l’entreprise sont avant tout des indicateurs d’actions ; certaines de ces actions peuvent être reflétées par la mesure financière mais l’argent n’est certainement pas la “RAISON D’ÊTRE DE L’ENTREPRISE”, dont la base est : SON OFFRE À SON MARCHÉ. Quel comptable connaît suffisamment le management pour vous conseiller dans la constitution d’un système de contrôles à base de PKI (Performance Key Indicators), consolidables sous la forme d’un tableau de bord temps réel et prospectif, qui vous permettent de prendre des décisions stratégiques et tactiques de conduite de vos affaires ? Aucun, sauf celui qui a étudié le management en plus de ses études de compta. Et, quoi qu’il en soit, ça sort du cadre de sa mission.

Mais, bref, ce n’était pas le sujet initial de cet article.

Les experts-comptables ont des conseils d'experts sur les réseaux-sociaux

Donc, disais-je, nos experts-comptables, qui sont nos conseillers permanents, ont aussi des avis sur les réseaux sociaux et comment nous, entreprise, nous devrions prendre en compte cette nouvelle dimension de l’espace humain d’expression.


Tenez-vous bien, je cite :
« Comme dans “la vraie vie”, pour nouer contact avec une personne que l’on ne connaît pas, s’il est toujours possible de l’aborder directement, il est souvent plus simple et plus efficace de se la faire présenter par une relation commune. C’est donc en s’appuyant sur le réseau de ses contacts que l’on va pouvoir valablement, sur Facebook, Viadeo ou encore LinkedIn, constituer et étoffer son propre réseau. »

Excusez-moi, chers experts, mais il y 2 absurdités dans ce propos :

  1. Rencontrer des gens à la pelle n’a jamais été la preuve de la qualité d’un réseau, ni-même de l’activité du-dit réseau. Dans mon tiroir, j’ai une montagne de cartes de visite — que je jette régulièrement — de gens que je croise en vrai, qui se présentent à peine et qui passent au cocktaileur suivant.
  2. En s’appuyant sur “le réseau de ses contacts”. Quel contact ? Celui des gens qui vous ont demandé d’être leur “ami”, avec qui vous avez peut-être échangé 2 messages, parfois 5 ? Ce ne sont pas des contacts ça, ce sont des inconnus dans un carnet d’adresses. Mais, non de non, il y a des gens qui font du commerce ici, pour leur expliquer ce qu’est un vrai carnet d’adresses de commercial ?


Car, si tout ceci était vrai en théorie, dans la réalité des réseaux sociaux, il semble que les usages n’aient plus grand chose à voir avec la vraie vie :

  1. Dans la vraie vie, on peut revendiquer faire partie d’un cercle, ce qui justifie que l’on cherche à établir un contact avec quelqu’un en faisant partie. C’est quoi ici le cercle : les 500 millions d’utilisateurs ?
  2. Dans la vraie vie, on peut revendiquer connaître untel ou unetelle, ce qui justifie le fait de chercher à entrer en contact avec un ou une autre qui justement connait aussi untel ou unetelle. C’est qui ici, untel ou unetelle ? Quelqu’un qui fait partie des 450 personnes qui vous ont demandé à être “amis”, que vous ne connaissez absolument pas, et qui ont aussi demandé à être “amis” de la personne avec qui vous voudriez entrer en contact ?

 

Un autre :
« Pire, laisser son profil inerte sur l’un de ses comptes est, sans nul doute, bien plus dommageable en termes d’image que de ne pas être inscrit du tout. »

Ah bon ! Il vaut mieux ne pas être trouvé qu’être trouvé ? Elle est bien bonne celle-là. Il vaut mieux pas de profil qu’un profil un peu rempli et inerte ? Est-ce que le conseiller en rédaction de ces conseils ne serait pas Community Manager et ne chercherait pas à souffler sur les braises, histoire d’attiser son attrape-gogos ?

Vraiment, celle-là, il faut l'inscrire sur la nouvelle table de la loi du web-social, et on devrait se la faire remettre par Seth Godin en personne sur le toit de la Transamerica Pyramid à San Francisco. Alléluia !

Aller, une autre :
« Au risque de les voir ne plus s’intéresser à vous, il est indispensable qu’une suite soit donnée à leurs demandes d’échange. »

De quoi parle-t-on au juste ? De gens qui vous sollicitent ? Mais pourquoi vous sollicitent-t-ils ? Depuis 3 ans, je suis sur à peu près tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à ce qu’on appelle réseaux sociaux. En 3 ans, LES SEULES SOLLICITATIONS QUE J’AI REÇUES SONT ÉQUIVALENTES À CELLES QUE JE REÇOIS SUR LE STANDARD DE MA SOCIÉTÉ : 99% DE PROSPECTION. Le reste, des échanges entre confrères, des demandes de stages... Nos clients, ils nous joignent sur nos mobiles ou nous envoient des mails pour qu’on les rappelle.

Ça y est, j’ai compris, je ne suis pas dans la cible. Voilà le truc, non ?

Et puis celle-ci :

« Il faut en plus assurer un véritable rôle d’animation en mettant en ligne des informations, en particulier sur Facebook et Twitter, en visitant les profils et les pages des autres membres du réseau afin de mieux les connaître, mais également de manifester tout l’intérêt que vous leur portez » disent-ils après nous avoir expliqué que : « il est nécessaire d’opérer un suivi régulier des différents comptes ouverts sur les réseaux sociaux (une fois par jour est un minimum). »

Euh... Quand ? Quand, le temps pour faire ça ? Ceux qui me connaissent et me suivent sur les réseaux sociaux et mon blog ont vu que depuis mars j’avais disparu de la circulation. Étais-je en vacances, les gars ? Oui, en vacances ? Moi le DG, m’étais-je tiré avec mes palmes et mon tuba ? C’est donc pour ça que je n’étais plus sur les réseaux sociaux et que je n’écrivais plus sur mon blog, où avais-je la tête ? Je suis bien con en fait. Pourquoi n’ai-je pas pensé à embaucher un COMMUNITY MANAGER, parce qu’aujourd’hui, après tout ce temps d’inactivité, MON IMAGE EN A PRIS UN COUP LES GARS ? Je ne me suis pas connecté plusieurs fois par jour. L’énorme erreur !

Je comprends mieux pourquoi mes commerciaux ont du mal à arracher des dossiers à des gens à qui une somme impressionnante de pseudo marketeurs a bourré le mou avec des promesses jamais tenues et des recettes toutes faites — et surtout en cassant les prix, toujours plus bas. Ce n’est pas parce qu’ils hésitent à casser du concurrent déloyal. Ça y est, j’ai compris. C’est À CAUSE DE MON IMAGE qui en a pris un coup. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Pourquoi n’y avais-je pas pensé plus tôt !

Il faut arrêter les champignons !

Eh, les experts-comptables, faut arrêter les champignons et vous faire conseiller par des gens qui savent de quoi ils parlent. Parce que franchement, vous aviez déjà une image bien poussiéreuse, mais en plus, maintenant, au milieu de votre image, Y’A UN NEZ DE CLOWN ! Comment vous, qui êtes le plus souvent si respectables pour votre travail, vos conseils et votre savoir-faire, pouvez-vous laisser votre “ordre” publier en votre nom, personnaliser ce canard au nom de votre cabinet et adresser ça à vos clients sans que ça vous fasse bondir ? Vous avez tant besoin que cela de passer pour des gens modernes, à la mode, dans le mood ?

Je m’arrêterais là pour les citations de ces 2 pages 1/2 de vérités toutes faites, fausses pour la plupart, inapplicables pour une autre bonne part, vérités toutes faites tirées d’un “dossier” intitulé : “Stratégie Marketing : Sachez tirer profit des réseaux sociaux” publié par Le Conseil Régional de l’Ordre des Experts-Comptables Paris Ile-De-France dans le mensuel “Synthèse d’experts” par l’intermédiaire de SID PRESSE.

Tiens, puisque que vous parlez de gestion de crise dans votre feuille de choux, on va voir comment vous allez la gérer cette “crise”, puisque se faire tacler, c’est aussi devenu “une crise” dans le langage des experts en social networking !

Vous êtes expert-comptable, alors dites-nous un peu ce que vous pensez de tout ça ?
Vous n’êtes pas expert-comptable, alors dites-nous aussi ce que vous en pensez ?


Et puis, pendant qu’on y est, si vous avez réalisé qu’il vous faut de vrais conseils en comm’, parlons-en ! Ça ne devrait pas être trop difficile de faire beaucoup mieux que ceux qui vous conseillent actuellement.



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