22 Mars 2009
l’AFSSA
Il y a un mois, remontait à la surface l’affaire du MON810, un maïs transgénique (OGM) produit par Monsanto (http://www.monsanto.com/). Ce maïs, introduit en 1998, modifié pour produire une toxine insecticide, est censé s’auto-défendre contre le “Pyrale”, un papillon qui le dévore.

Source Image : WWF
Acte 1 : Je suis consommateur et on me propose donc d’absorber un maïs (ou ses dérivés) qui “contient” un insecticide. Bon d’accord, je mange déjà beaucoup d’insecticides (slurp !), mais ceux-ci sont normalement en surface. Ici, ils sont en profondeur, dans les cellules même de l’aliment.
En Février 2006, Greenpeace (http://www.greenpeace.org/france/) publie une étude, basée sur plusieurs études scientifiques et sur l’analyse de 619 échantillons (http://citron-vert.info/spip.php?article905), qui montre que la toxine, l’insecticide auto-généré par ce maïs, varie en quantité dans un rapport 1 à 100 selon les plants - et cette variation si large ne semble pas être connue de Monsanto qui, au contraire, prétend qu’elle serait stable d’un plan à l’autre.
Plus ennuyeux, il semblerait que la toxine pourrait toucher d’autres papillons que le Pyrale tandis que le Pyrale lui-même présenterait des résistances (par adaptation) à l’insecticide en question.

Source Image : NatureEnDanger.CanalBlog.com
Acte 2 : Tiens ! Ça ressemble à s’y méprendre aux 20 ans d’agriculture intensive et déraisonnée des décennies 70 et 80, celles de l’agro-chimie qui devait sauver le monde. Elle devait être ciblée et n’impacter que les prédateurs. On découvrira plus tard qu’elle fut la cause de la disparition d’un pan entier de la biomasse (insectes, oiseaux, rongeurs, ...) ou de déséquilibres majeurs dans celle-ci (surpopulation d’espèces n’ayant plus de prédateurs, ...). Il fallut quand même attendre 30 ans pour s’en rendre compte - pardon, qu’on se le reconnaisse. MAIS, voilà, pour les OGM et pour le MON810, du passé faisons table rase, et contentons-nous de ce que nous connaissons - qui est comme chacun sait au summum de l’accessible - et clamons leur innocuité. Voilà !
Dans le doute, les craintes d’un danger qui ne pourrait être immédiatement visible, dès 1998, nombres de pays d’Europe appliquèrent le principe de précaution en interdisant le MON810. Ce n’est qu’en février 2008 que la France activera la clause de sauvegarde en interdisant la culture du MON810. Mais en octobre 2008, l’agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) va considérer l’application de cette clause injustifiée car, selon son approche (et celle de Montsanto soi-même) : aucun danger ne peut être mis en évidence, donc ce n’est pas dangereux (http://www.greenpeace.org/france/news/clause-de-sauvegarde-sur-le-mo).

Source Image : www.alternativesante.com
Acte 3 : Certains disent qu’il faut se servir des enseignements du passé, tandis que d’autres disent qu’il faut être progressiste.
Mais que clament vraiment les anti-OGM ? c'est qu'il y a risque de prolifération de l’OGM, donc, dans le cas du MON810, de prolifération par pollinisation naturelle de cette espèce auto-insecticide, alors que l'on ne connaît rien des dangers de l’insecticide en question, surtout une fois répandu sur l’ensemble de la planète.
Il faut quand même se rappeler de tous petits sujets comme celui de l’amiante (SIC). Avant d’être détecté comme l’un des agents les plus cancérigènes, c’était un produit miracle. Il n’y avait donc aucune raison de l’interdire. Normal, un cancer met quelques dizaines d’année à se déclarer. Entre temps : un danger ? quel danger ?
Et la Dioxine, et d’autres ... Voici à ce propos un site intéressant à consulter sur le sujet. Il recense tous les cancérigènes connus, et où on les trouve. Consternant ! Un exemple : l’Acide Bromique que l’on trouve comme additif pour le pain et les farines. Groumpf ! voir le site de l’AST - Alsace Santé au Travail (http://www.ast67.org/dossier/produitsk/produitsk_cat12.htm)
Et si l’on veut aller un tout petit peu plus loin : pourquoi le cancer serait-il en croissance exponentielle cette dernière décennie ? voir le rapport de l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) http://www.inserm.fr/fr/presse/communiques/att00008157/ec_cancers_environnement_der.pdf ? Que disent-ils ? Qu’il faut considérer que les faibles doses d’exposition et à des produits sans cesse plus nombreux, pourraient avoir une incidence bien plus grande qu’on ne l’aurait imaginé auparavant. Tiens donc !

Source Image : zonedecologiepopulaire.org
Je ne suis pas un anti-OGM, je suis plutôt modéré dans ce domaine, en tout cas j'assume une position assez simple : on ne peut vivre sans risques, et le niveau de risques admissible est déterminé par le plus haut niveau de progression durable pour l’humain. Ou, en d’autres termes, au mieux, pas assez de risques ou trop de risques peuvent provoquer la stagnation de l’homme et, en étant plus pessimiste, elle peut produire sa destruction. Un niveau de risques inadapté peut aussi provoquer un progrès qui peut ne l’être que pour quelques années et qui peut, ensuite, se retourner contre nous.
Ce qui est, toutefois, assez consternant dans toute cette histoire, au delà des risques pour l’humain et plus généralement pour la planète, c’est la “position” affichée par les acteurs de l’affaire du MON810.

l’AFSSA dans sa communication :
En février dernier, je faisais un tour sur le site web de l’AFSSA (http://www.afssa.fr/), l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, l’agence nationale déléguée par EFSA (http://www.efsa.europa.eu/) pour se prononcer sur le MON810 et la validité d’application de la clause de réserve par l’état français. Elle venait de se prononcer pour la levée de cette clause de réserve, ce qui avait provoqué un raz-de-marée dans la presse.
D’abord, j’étais assez surpris que l’agence affiche un beau : CONNAÎTRE, ÉVALUER, PROTÉGER. Ensuite sa page principale, dont le texte d’introduction semble nous indiquer que l’agence nous protège, n’affichait rien sur les fortes interrogations que la tourmente médiatique produisait.

Source Image : afssa.fr
À noter aussi, qu’en matière de bizarrerie de communication, l’AFSSA se pose là, puisque sa page principale affiche une “phrase vocation” en français, mais le texte de présentation est lui en anglais, et que lorsque l’on clique sur le drapeau français, on se retrouve complètement ailleurs que dans la page principale. Pour une AGENCE FRANÇAISE, c’est déjà un comble.
Mais regardons plutôt le texte anglais qu’elle nous fournit.
“Afssa is a public independent organism contributing through monitoring, alert, research and research instigation to the protection and improvement of public health, animal health and welfare, vegetal and environmental health.”
L’AFSSA est un organisme public indépendant qui contribue à travers le suivi, la mise en garde, la recherche et l’instigation (incitation) à protéger et améliorer la santé publique, la santé animale et le bien-être, la salubrité des végétaux et de l’environnement.
“Afssa offers solutions to increase the effectiveness of State decisions and to ensure a satisfactory level of safety in its areas of expertise.”
L’AFSSA offre des solutions pour améliorer l’efficacité des décisions d’État et pour assurer un niveau satisfaisant de sécurité dans ses domaines d’expertise.
“The Agency is thus responsible for fully identified operational assignments, including risk and health and nutritional benefit assessment, recommendation of health protection measures, management and instigation of national research, alert, monitoring and surveillance and lastly application of training and information initiatives.”
Quant à cette phrase, je vous laisse la traduire, tant elle est circonvolutoire et ne faire que reprendre autrement les 2 précédentes avec en plus leur activité de formations sur le sujet.
Un peu de provoc : Ne comprenant pas vraiment pourquoi l’AFSSA avait pu rendre une décision aussi contestable, à la lecture de leur vocation, je décidais de les titiller et leur envoyais le mail suivant :
Sujet : C’est quoi ce délire ?
Texte : “Chers et Chères Vous,
On vous paye pour nous pondre des "dangers" pareils ? (c’était le jour de la parution de l’avis favorable à la levée de la clause de réserve).
C'est inimaginable !
Le risque existe à partir du moment où on ne connaît pas les risques dans lesquels on s'engage.
Pourquoi ne vous inscrivez-vous pas dans votre Vocation : "Connaître, Évaluer, Protéger" ?
Sans rien connaître d'un environnement potentiellement hostile, oseriez-vous poser un pied sur la planète Smluck ?”
J’avoue franchement que je n’imaginais pas recevoir de réponse lorsque que je vis surgir le 16 mars,
un “RE: C'est quoi ce délire ?”
Et le mail de réponse disait ceci :
“Vous nous avez écrit pour exprimer votre inquiétude face aux organismes génétiquement modifiés sur lesquels l’Afssa travaille depuis des années en évaluant les risques qu’ils peuvent présenter sur le plan de la santé humaine.
En tant qu’agence de sécurité sanitaire des aliments, nous fournissons aux ministères gestionnaires du risque des analyses scientifiques argumentées et actualisées sur chaque OGM qui nous est soumis, au cas par cas, et ce, sur le champ de l’alimentation.
Depuis 1999, l’Afssa a rendu plus de 55% d’avis négatifs sur les OGM qu’elle a eu à étudier.
Dès 2002, l’agence a fortement contribué à renforcer les exigences (en matière de données et d’essais) auxquelles doivent répondre les industriels. Elle a été la première à révéler l’existence de contaminations fortuites de semences conventionnelles par des OGM, ouvrant ainsi la réflexion aux niveaux national et européen sur ce point sensible. Nous avons enfin été les premiers en Europe à demander des règles plus strictes pour évaluer ces produits.
Comment fonctionnent les évaluations sur les OGM ?
Toute demande d’autorisation de mise sur le marché qu’un industriel soumet (exactement comme pour les médicaments) doit apporter les éléments scientifiques permettant de caractériser le produit et prouver qu’il répond aux exigences de la réglementation européenne souveraine en la matière. Depuis 2003, l’agence européenne (AESA) chargée de ce dossier consulte les agences des Etats membres dont l’Afssa, laquelle se prononce sur les aspects alimentaires.
Comme d’autres agences européennes, l’Afssa intervient dans l’évolution des critères. Dès qu’une nouvelle donnée sérieuse apparaît dans la littérature scientifique, l’agence l’identifie et l’étudie pour peser si cette nouvelle information doit être prise en compte dans l’évolution continue des exigences formulées à l’encontre des industriels.
La mission de l’Afssa est de fournir à la société les éléments d’évaluation scientifique (et seulement ceux là) dont elle dispose sur le plan de la sécurité sanitaire des aliments. Ce qu’elle fait, en toute indépendance. Il va de soi que les décisions publiques tiennent également compte d’autres paramètres.
A bientôt sur le site de l’Afssa.”
Je ne sais pas vous, mais j’ai failli croire un moment que je les avais titillé par erreur.
Même si l’on doit reconnaître un bilan ma foi intéressant, pourtant, il y a ce passage qui me laisse parfaitement circonspect :
“Toute demande d’autorisation de mise sur le marché qu’un industriel soumet (exactement comme pour les médicaments) doit apporter les éléments scientifiques permettant de caractériser le produit et prouver qu’il répond aux exigences de la réglementation européenne souveraine en la matière.”
Ici, on se pose alors une question “de base”.
Si elle sait qu’un danger peut exister (ou qu’il y a de forte présomption), qu’elle le fait savoir à Bruxelles, et si elle est consultée pour avis sur une demande d’autorisation pour un produit concerné par ce danger, mais dont la législation n’a pas encore été transformée :
- donne-t-elle un avis favorable en dépit du danger qu’elle connaît mais qui n’est pas encore entré dans la législation ?
- ou au contraire donne-t-elle un avis de conformité à la législation tout en rappelant le risque qu’elle connaît et a identifié, puisse que, comme elle le dit : L’AFSSA est un organisme indépendant ?
Et enfin, peut-on faire confiance à une législation que l’on sait avoir mis 30 ans avant d’interdire l’agro-chimie destructrice des décennies 70 et 80 ?
En Conclusion :
En matière de Marketing et de Communication on peut quand même se demander :
- Pourquoi l’AFSSA, qui est française, communique-t-elle en anglais sur sa page d’accueil ?
- Comment peut-elle prétendre “PROTÉGER” puisque son mode de fonctionnement consiste à donner des avis en correspondance au droit européen, que certes elle peut influencer, mais avec quel délai ?
- Pourquoi, si son rôle n’est que d’influencer, ce qui est déjà très bien, ne dit-elle pas les choses clairement, sur son site et qu’elle s’autorise une Communication Institutionnelle aussi visiblement “publicitaire” - pour ne pas dire “lessivielle” !
Le Marketing et la Communication, pour fonctionner, doivent être vrais. Quand une phrase vocation (qui n’en est pas une d’ailleurs - voir à ce propos : Communication Institutionnelle et Vocation (http://asity.fr/index.php/methodo/12-communication-institutionnelle-et-vocation) prétend quelque chose, l’entreprise qui la porte doit avoir une action adaptée à cette vocation, où alors elle doit changer de phrase vocation.
Quand une institution (ou une entreprise) se présente en trois paragraphes, ce qu’elle y dit doit être strictement ce qu’elle est.
La Communication n’est pas un mensonge. Habiller les choses pour les rendre plus facilement transmissibles ou recevables ne signifie pas dire des non-vérités - sinon, ce sont des mensonges.




















